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Mesurer et entraîner la prise de parole en entreprise

L'IA prépare de mieux en mieux nos messages. Le jour J, elle nous laisse seuls

L'IA prépare nos messages, le jour J elle nous laisse seuls

Elle prépare vos messages, vos slides, jusqu'à vos réponses aux objections. Puis quelqu'un lève la main et dit qu'il n'est pas d'accord. Voici ce qui reste à votre charge le jour J, ce que disent les chiffres sur la formation à l'IA, et comment entraîner ce moment de vérité avant qu'il arrive.

À mesure que l'intelligence artificielle progresse, certaines compétences humaines ne disparaissent pas. Elles deviennent plus précieuses.

Que reste-t-il quand l'IA nous rend la parole ?

Soyons honnêtes : l'intelligence artificielle est devenue ce collègue brillant que tout le monde aimerait avoir dans son équipe.

Elle ne râle jamais. Elle ne demande pas d'augmentation. Elle travaille la nuit, le week-end et même pendant les vacances. Elle résume un rapport de 80 pages, prépare une réunion, construit un argumentaire, rédige un discours et trouve parfois une manière très diplomatique de dire ce que nous avions envie d'exprimer beaucoup moins diplomatiquement.

Elle peut également produire des slides impeccables en quelques minutes.

Puis quelqu'un lève la main.

« Je ne suis pas du tout d'accord avec vous. »

À cet instant précis, l'IA nous rend très poliment la parole.

Le slide ne répond plus. Le prompt non plus. Il reste une personne face à une autre, une voix qui accélère légèrement, un regard qui cherche un point d'appui et cette fameuse question à laquelle personne n'avait pensé.

Il reste ce que j'appelle le moment de vérité.

Les entreprises forment-elles à l'IA aussi vite que les usages progressent ?

Le sujet n'est plus de savoir si les professionnels utiliseront l'intelligence artificielle. Ils l'utilisent déjà.

Selon le Baromètre de la formation et de l'emploi réalisé par Centre Inffo et l'institut CSA (6e édition, avril 2025), un peu plus de la moitié des actifs français déclarent utiliser l'IA dans leur vie professionnelle. Parmi eux, 72 % expriment un besoin de formation.

Chez les cadres, l'écart entre usage et formation se voit nettement : une étude de l'Apec (enquête de mars 2025) indique que 35 % d'entre eux utilisaient l'IA au moins une fois par semaine, avec une proportion de 42 % chez les managers. Seulement 24 % avaient alors reçu une formation, tandis que 72 % exprimaient le souhait d'en bénéficier.

Les usages se diffusent donc rapidement.

Les compétences, elles, ne suivent pas toujours au même rythme.

Le baromètre international Cegos 2026 montre que 68 % des DRH interrogés placent l'IA et l'automatisation en tête des transformations qui affectent les compétences. Pourtant, 32 % des salariés seulement se sont déjà formés à l'IA, via une communauté de pratiques ou une formation proposée par leur organisation, et 41 % jugent que la formation arrive trop tard.

Autrement dit, l'outil entre parfois dans l'entreprise par la fenêtre pendant que le plan de formation cherche encore ses clés.

Former à l'IA devient indispensable. Mais je crois qu'une seconde question doit désormais être posée : À force d'apprendre à nos outils à travailler pour nous, continuons-nous à entraîner ce que nous devrons toujours accomplir nous-mêmes ?

Que perd-on quand l'IA prépare tout à notre place ?

Préparer une prise de parole n'a jamais consisté uniquement à fabriquer un joli support.

Il fallait réfléchir à ce que l'on voulait réellement dire, choisir un angle, hiérarchiser les informations, éliminer ce qui encombrait le message, trouver un exemple, anticiper une objection et reprendre cette phrase qui ressemblait davantage à une notice de lave-linge qu'à une idée destinée à mobiliser une équipe.

Tout cela prenait du temps. Parfois beaucoup trop.

Mais cet effort avait une vertu : il nous obligeait à nous approprier notre sujet.

En construisant notre raisonnement, nous l'apprenions. En cherchant nos mots, nous précisions notre pensée. En préparant les objections, nous renforcions nos arguments. En reformulant une idée, nous commencions déjà à nous entraîner à la défendre.

Aujourd'hui, une IA peut produire en quelques secondes un plan, une synthèse, un pitch, un discours et les réponses aux 10 objections les plus probables.

C'est extraordinairement efficace.

C'est aussi le début d'un paradoxe : Nous pouvons produire des messages de plus en plus convaincants sans nécessairement devenir nous-mêmes plus convaincants.

Le contenu progresse. La forme progresse. La qualité apparente progresse. La personne, pas toujours.

Nous avons tous assisté à cette réunion où les slides étaient excellents et où le présentateur semblait les découvrir en même temps que nous. L'IA n'a pas inventé ce phénomène. Elle risque simplement de lui offrir de très beaux templates.

Une IA peut-elle faire illusion sur le niveau de maîtrise d'un sujet ?

C'est peut-être l'un des changements les plus importants de cette nouvelle période.

Pour la première fois, un professionnel peut produire un document qui laisse penser qu'il maîtrise parfaitement un sujet, alors que cette maîtrise est encore fragile.

Une note stratégique peut être remarquable sans que son auteur sache expliquer les arbitrages qu'elle contient.

Un feedback peut être parfaitement formulé sans que le manager soit capable de le prononcer clairement devant son collaborateur.

Un discours peut être inspirant sur le papier et perdre toute sa force lorsqu'il est lu avec l'enthousiasme d'un relevé bancaire.

Un expert peut arriver devant son COMEX avec 15 slides très solides, puis se désorganiser face à une question simple : « Très bien. Mais qu'attendez-vous exactement de nous ? »

L'IA ne crée pas nécessairement l'incompétence.

Elle peut en revanche retarder le moment où elle devient visible.

Et ce moment arrive généralement lorsque le scénario quitte les rails.

Un collaborateur conteste son évaluation. Un client refuse la proposition. Un membre du CODIR remet en cause l'analyse. Une équipe s'inquiète des conséquences d'une réorganisation. Un journaliste pose la question que l'on espérait soigneusement éviter.

À cet instant, la qualité du livrable ne suffit plus.

Il faut porter ce qu'il contient.

Que se passe-t-il vraiment sous pression ?

Lorsqu'une question inattendue arrive, nous ne perdons pas seulement nos mots.

Nous accélérons. Nous nous justifions. Nous ajoutons 3 arguments alors qu'un seul aurait suffi. Nous répondons à la question que nous avions préparée plutôt qu'à celle qui vient réellement d'être posée. Nous regardons notre slide comme si une phrase de secours allait soudain y apparaître.

Certains experts se réfugient dans le jargon. Certains managers deviennent si prudents que leur feedback finit par ne plus rien vouloir dire. Certains dirigeants ajoutent des chiffres pour éviter de parler de l'émotion que provoque leur décision. Certains commerciaux accordent une remise avant même d'avoir cherché à comprendre l'objection.

Quant aux silences, beaucoup d'entre nous s'empressent de les remplir, comme si 3 secondes sans parler risquaient de provoquer l'évacuation du bâtiment.

Ces comportements sont des automatismes, bien plus que des défauts de connaissance.

Sous pression, nous ne devenons pas soudain meilleurs. Nous revenons généralement à ce que nous avons le plus répété.

C'est précisément pour cette raison que l'entraînement compte.

Comprendre une bonne pratique ne suffit pas à la rendre disponible lorsqu'une conversation devient inconfortable. Il faut l'avoir testée, répétée, ajustée. Il faut avoir déjà entendu une objection difficile, connu un silence, perdu le fil, repris son idée et recommencé sans que les conséquences soient réelles.

Le jour J, le cerveau ne consulte pas tranquillement le dernier module de formation suivi 6 mois plus tôt.

Il cherche une voie connue.

Pourquoi le moment de vérité reste-t-il humain ?

On peut préparer un plongeon pendant des heures. À un moment, il faut sauter.

C'est exactement ce que l'intelligence artificielle est en train de nous faire oublier.

Un manager peut demander à l'IA de préparer son entretien annuel. Elle peut l'aider à structurer les faits, à clarifier le message et même à trouver une formulation respectueuse.

Elle ne ressentira pas le moment où le collaborateur lui dira : « Je ne vous fais plus confiance. »

Un dirigeant peut lui demander de rédiger le discours d'une transformation importante.

Elle ne verra pas les 200 visages qui cherchent à savoir si celui qui parle croit réellement à ce qu'il raconte.

Un commercial peut préparer avec elle toutes les réponses possibles à une objection sur le prix.

Elle ne ressentira ni la peur de perdre le contrat, ni cette petite voix intérieure qui lui suggère soudain d'accorder 30 % de remise alors que personne n'a encore rien demandé.

Un expert peut anticiper les questions de son CODIR.

Il ne pourra pas toujours prévoir la remarque prononcée d'un ton calme par quelqu'un qui dispose, accessoirement, du pouvoir de mettre fin au projet.

À ce moment-là, il serait évidemment possible de sortir son téléphone et de taper : « Que répondre à mon directeur général qui vient de démonter ma recommandation ? Ton assuré, mais pas arrogant. Réponse en moins de 30 secondes. »

Techniquement, c'est faisable.

Commercialement, je ne le recommande pas.

Le moment de vérité commence précisément lorsque le support ne suffit plus. Il exige d'écouter, d'observer, de reformuler, de s'adapter, de maîtriser son émotion...

Et parfois d'avoir le courage de répondre : « Je n'ai pas encore la réponse. »

Les prompts ne remplacent pas le courage.

Faut-il choisir entre formation à l'IA et compétences humaines ?

Le mauvais arbitrage consisterait à opposer 2 budgets : d'un côté la formation à l'intelligence artificielle, de l'autre les compétences comportementales.

En réalité, plus une organisation équipe ses collaborateurs, plus elle doit vérifier qu'ils savent raisonner, expliquer, contester, convaincre et agir lorsque l'assistance immédiate disparaît.

Dans son rapport Future of Jobs 2025, le Forum économique mondial estime que 39 % des compétences existantes seront transformées ou deviendront obsolètes entre 2025 et 2030. Les compétences technologiques progressent vite, mais la pensée analytique, la résilience et la flexibilité, le leadership et l'influence sociale figurent parmi les capacités les plus recherchées par les employeurs. L'étude repose sur plus de 1 000 employeurs représentant plus de 14 millions de salariés.

Ce n'est pas contradictoire.

Plus les machines deviennent efficaces pour produire, résumer et calculer, plus la valeur se déplace vers notre capacité à interpréter, arbitrer, créer de l'adhésion et assumer une responsabilité.

L'IA nous donnera de meilleures propositions.

Encore faudra-t-il savoir en choisir une.

Elle nous aidera à préparer de meilleurs messages.

Encore faudra-t-il savoir les porter.

Elle pourra rédiger des feedbacks d'une délicatesse remarquable.

Encore faudra-t-il les donner.

Quelles questions poser aux DRH et aux responsables formation ?

À la rentrée, de nombreuses entreprises vont naturellement accélérer leurs dispositifs de formation à l'IA.

Elles auront raison.

Mais elles gagneraient à se poser simultanément quelques questions beaucoup plus inconfortables.

Vos collaborateurs savent-ils défendre une recommandation qu'ils n'ont pas entièrement construite eux-mêmes ?

Vos managers savent-ils donner un feedback sans transformer un message clair en compote diplomatique ?

Vos dirigeants savent-ils répondre lorsque la salle sort du script ?

Vos experts savent-ils expliquer une idée complexe sans se protéger derrière 15 acronymes et 40 slides ?

Vos commerciaux savent-ils traiter une objection avant d'ouvrir le tiroir des remises ?

Ce ne sont pas des questions secondaires.

Le Baromètre des DRH 2026 de Sopra Steria Next le dit à sa manière : la maîtrise des coûts sociaux est redevenue la priorité absolue pour 9 DRH sur 10, et l'usage de l'IA progresse plus vite que sa gouvernance.

Dans ce contexte, une formation ne pourra plus seulement être intéressante.

Elle devra produire un changement observable : un comportement plus précis, une décision mieux expliquée, un entretien mieux conduit, une objection mieux traitée, une prise de parole mieux maîtrisée.

Le sujet n'est donc pas seulement : « Avons-nous formé nos collaborateurs ? »

Le sujet devient : « Que savent-ils réellement faire de mieux lorsque la situation se complique ? »

Comment tester une prise de parole sans écran ?

Il existe un moyen très simple de vérifier si une prise de parole est véritablement maîtrisée.

Avant une présentation importante, fermez l'ordinateur.

Puis posez 3 questions :

  • Quel est le message que vous voulez absolument faire retenir ?
  • Quelle objection vous déstabiliserait le plus ?
  • Que répondrez-vous si votre interlocuteur rejette votre recommandation ?

Les réponses sont souvent instructives.

Une personne peut avoir passé plusieurs heures à perfectionner ses slides sans être capable d'exprimer clairement le message central en 30 secondes.

Elle peut avoir préparé une argumentation complète sans avoir identifié la question qui lui fait peur.

Elle peut connaître son sujet sans savoir ce qu'elle fera lorsqu'un interlocuteur refusera d'entrer dans son raisonnement.

Un support teste le contenu. Une simulation teste la personne.

Que change l'entraînement par rapport à la formation ?

Former transmet. Entraîner transforme.

On peut parfaitement connaître les règles d'une bonne prise de parole : structurer son intervention, regarder son auditoire, varier sa voix, faire des pauses, répondre avec concision, ne pas lire ses slides et éviter de commencer chaque phrase par « du coup ».

Sur le papier, tout le monde est d'accord.

Dans la réalité, une personne peut connaître ces principes depuis 10 ans et continuer à parler 2 fois plus vite dès que la pression monte.

Parce qu'une compétence comportementale ne se transforme pas uniquement par la compréhension.

Elle se transforme par la pratique, la répétition, le feedback, l'ajustement, puis une nouvelle tentative.

Un pilote ne découvre pas la panne moteur le jour où elle survient. Un sportif ne teste pas son geste technique pour la première fois le jour de la finale. Un comédien ne découvre pas son texte devant le public.

Dans l'entreprise, pourtant, nous attendons encore parfois le véritable entretien sensible, la véritable négociation, le véritable passage devant le COMEX ou la véritable crise pour vérifier si la personne est prête.

C'est une méthode.

Disons qu'elle laisse une place généreuse au suspense.

Les professionnels ont besoin d'espaces dans lesquels ils peuvent essayer sans conséquences immédiates : répondre à une objection, reprendre une annonce mal formulée, défendre une recommandation, gérer une réaction hostile, entendre leur voix, observer leur posture et recommencer.

Parce que le jour où tout se joue, il n'y a plus de bouton “Régénérer”.

Quelles compétences humaines entraîner à la rentrée ?

La question ne sera donc pas seulement : Comment former nos collaborateurs à l'IA ?

Elle devra être complétée par une autre : Quelles compétences humaines devons-nous entraîner davantage précisément parce que l'IA sait désormais nous assister ?

Pour un manager, cela peut être mener un entretien annuel, recadrer sans humilier, gérer un conflit ou annoncer une décision difficile.

Pour un commercial, écouter réellement, questionner, négocier, défendre la valeur de son offre et répondre à l'imprévu.

Pour un dirigeant, présenter des enjeux devant un CODIR ou un COMEX, incarner une transformation, rassurer sans travestir la réalité et répondre sous pression.

Pour un expert, rendre le complexe compréhensible, sortir de son jargon et convaincre des personnes qui ne partagent ni son métier ni ses certitudes.

Les rôles diffèrent. Les moments de vérité aussi.

Mais tous partagent une même caractéristique : Quelqu'un attend une réponse humaine.

Un discours trop parfait convainc-t-il encore ?

Ça sonne comme du ChatGPT lu à voix haute

Vous l'avez sûrement déjà vécu.

Quelqu'un vous parle, et en 10 secondes, vous savez : ce discours n'est pas de lui.

Trop lisse. Trop parfait. Ça sonne comme du ChatGPT lu à voix haute.

Ce réflexe se mesure. Selon Meltwater, les mentions du terme « AI slop », ce contenu généré, fade, interchangeable, ont été multipliées par 9 en 2025 par rapport à 2024 (données arrêtées au 20 novembre). Le rejet est net : 54 % de sentiment négatif en octobre 2025.

Les gens en ont assez qu'on leur parle comme à tout le monde. Et ça touche votre prochaine prise de parole, pas seulement une pub.

Un dirigeant trop lisse sonne faux. Une réponse en entretien trop bien tournée sonne récitée. Un manager qui annonce une mauvaise nouvelle avec des éléments de langage parfaits convainc moins qu'un manager sincère qui cherche ses mots.

Le paradoxe : au moment où n'importe qui peut produire un discours impeccable en 3 secondes avec une IA, ce qui rassure, c'est l'inverse. Une hésitation. Un mot pas tout à fait le bon. Une émotion qui dépasse un peu du cadre.

Voilà le travail qui compte : apprendre à tenir les aspérités d'un discours sans trembler. Ma règle tient en 3 mots : humain, humilité, humour.

Le texte parfait ne convainc plus personne. La personne, oui.

Quel avantage reste-t-il quand l'écran disparaît ?

L'IA ne diminue pas l'importance de l'humain. Elle augmente son niveau d'exigence.

Plus les contenus seront faciles à produire, moins leur seule qualité suffira à nous distinguer.

Tout le monde pourra disposer d'un bon plan, d'un argumentaire solide, d'un discours élégant et de slides très propres.

Ce qui fera la différence sera notre capacité à les porter, à écouter ce qui revient en face, à sortir du script et à rester présent lorsque la conversation devient inconfortable.

C'est précisément le territoire sur lequel nous travaillons avec GoodSpeakVR : créer des situations dans lesquelles les professionnels ne se contentent pas de préparer leurs messages, mais s'entraînent à les défendre, les incarner, les adapter et les confronter à des réactions proches de celles qu'ils rencontreront réellement.

L'intelligence artificielle améliore la préparation.

L'entraînement sécurise l'exécution.

Et lorsqu'il faudra annoncer, convaincre, négocier, rassurer, décider ou simplement répondre à quelqu'un qui n'est pas d'accord, il restera toujours une personne en face.

Aucune entreprise ne devrait attendre ce jour-là pour découvrir si ses collaborateurs savent vraiment y faire face.

L'IA prépare de mieux en mieux nos messages.

Le véritable avantage concurrentiel restera notre capacité à les porter lorsqu'il n'y aura plus d'écran entre nous et les autres.

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