Langage corporel, voix et regard
Hommes et femmes à l'oral : sommes-nous égaux ?

Voix, gestuelle, posture : on cherche souvent là les différences entre hommes et femmes à l'oral. Elles se jouent peut-être ailleurs, dans un moment très précis de la réunion : celui où chacun estime avoir le droit de parler.
Où se jouent vraiment les différences entre hommes et femmes à l'oral ?
Je pensais que les principales différences entre les hommes et les femmes se jouaient dans la voix, la gestuelle ou la posture.
J'avais tort.
J'ai fini par remarquer que les différences les plus intéressantes apparaissent souvent ailleurs.
Qui ose parler avec une idée encore incomplète ?
En réunion, il n'est pas rare qu'un homme prenne la parole pour tester une idée encore incomplète, là où une femme cherchera davantage à la consolider avant de l'exprimer. L'un accepte plus facilement le risque de se tromper publiquement. L'autre préfère souvent réduire l'incertitude avant d'intervenir.
Mais il faut aller plus loin.
Prendre sa place est-il perçu de la même manière pour un homme et pour une femme ?
Une étude menée par Victoria Brescoll, de Yale, et publiée en 2011 dans l'Administrative Science Quarterly, a montré qu'un dirigeant qui parle davantage que ses pairs gagne environ 10 % en perception de compétence. Une dirigeante placée dans la même situation perd 14 %.
Autrement dit, prendre sa place n'est pas toujours interprété de la même manière.
Qui occupe le temps de parole en réunion ?
D'autres travaux vont dans le même sens. Dès 1975, Don Zimmerman et Candace West avaient enregistré 31 conversations mixtes : les hommes étaient à l'origine de 47 des 48 interruptions relevées. L'échantillon est ancien et modeste, mais la tendance a été retrouvée depuis, par exemple dans une étude de la George Washington University en 2014 : les hommes y avaient 33 % de chances en plus d'interrompre une femme que d'interrompre un autre homme.
Même constat sur le temps de parole. En 2012, Christopher Karpowitz, Tali Mendelberg et Lee Shaker ont observé 94 groupes mixtes qui délibéraient. Dans la plupart des configurations, les femmes parlaient moins de 75 % du temps de parole des hommes. L'écart disparaissait quand le groupe décidait à l'unanimité.
Ce constat ne dit rien de la compétence. Il dit beaucoup sur la visibilité.
Faut-il en faire des règles ?
Attention toutefois aux caricatures.
Ces tendances ne sont ni des règles ni des vérités absolues. J'ai rencontré d'innombrables femmes extrêmement affirmées et des hommes remarquablement prudents. Ces écarts relèvent souvent davantage de constructions sociales et organisationnelles que de différences individuelles figées.
À quoi ressemblent les meilleurs orateurs ?
Ce qui est frappant, c'est que les meilleurs orateurs que j'ai accompagnés ne correspondent généralement à aucun de ces profils. Ils savent prendre position rapidement lorsque la situation l'exige tout en conservant la capacité d'écouter, de questionner et de faire émerger l'intelligence collective. Ils savent convaincre sans écraser. Ils savent créer de l'adhésion sans renoncer à leurs convictions.
Quand se sent-on légitime pour prendre la parole ?
Au fond, la différence la plus profonde entre les hommes et les femmes à l'oral n'est peut-être ni une question de voix, ni de posture, ni même de charisme.
Elle réside souvent dans le moment où chacun estime avoir suffisamment de légitimité pour prendre la parole. Et dans la manière dont l'environnement valide, ou non, cette légitimité.
C'est probablement l'une des questions les plus importantes du leadership moderne.
Que peut faire un manager pour que chacun prenne sa place ?
Quelques gestes simples, à tester dès votre prochaine réunion :
- Annoncez en début de réunion que les idées en construction sont les bienvenues. Cela abaisse le prix d'entrée de la parole.
- Invitez nommément ceux qui n'ont pas encore parlé, sans attendre que le silence devienne gênant.
- Quand quelqu'un est interrompu, redonnez-lui la parole : « Je voudrais entendre la fin de l'idée de Claire. »
- Notez, une fois, qui parle et combien de temps. Les chiffres surprennent souvent plus que les impressions.
Et si vous êtes de ceux qui consolident avant de parler, essayez une phrase d'entrée de jeu : « Je pense à voix haute, l'idée n'est pas finie. » Elle autorise l'imperfection, et elle ouvre la porte aux autres.
Et vous, dans vos réunions, observez-vous davantage des différences de compétence… ou des différences dans la façon dont chacun ose prendre la parole ?
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